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Chapitre 1 sur 25 · Lire son par son, 5 à 7 ans

Avant de commencer

Pourquoi ce recueil existe, ce qu'il fait et ce qu'il ne fait pas, comment accompagner la lecture d'un enfant, et à qui la maison doit ce travail.

Pourquoi ce recueil existe

Beaucoup d'enfants apprennent à lire dans des livres qu'ils ne peuvent pas encore lire. On leur a montré le son de quelques lettres, puis on leur met entre les mains une histoire pleine de lettres qu'ils n'ont jamais rencontrées. L'enfant fait alors ce que fait n'importe qui devant une tâche impossible : il devine. Il regarde l'image, il se souvient du début, il invente la suite. Ce qu'il installe, ce n'est pas la lecture, c'est une habitude de deviner dont il faudra ensuite le défaire.

Ce recueil est construit sur la règle inverse, et cette règle est toute la mécanique du livre : une histoire n'emploie que les sons déjà introduits par les histoires précédentes. Pas un mot ne demande à l'enfant un son qu'il n'a pas encore appris. Il n'a donc rien à deviner, et c'est précisément ce qui lui apprend à lire : il peut tout déchiffrer, il vérifie tout seul, et il finit par reconnaître d'un coup ce qu'il a d'abord déchiffré lentement.

Le guide de référence du ministère français de l'éducation nationale nomme cette exigence la déchiffrabilité, et il en fait son deuxième principe d'enseignement de la lecture. Ce recueil l'applique jusqu'au bout, sans exception : aucun mot n'est donné à apprendre par cœur, aucun mot outil n'échappe à la règle, aucune histoire ne triche avec un son qu'elle n'a pas annoncé. La liste de contrôle qui le prouve, histoire par histoire, est publiée en fin de volume.

Ce que ce livre fait, et ce qu'il ne fait pas

Ce livre fait une chose : il donne à un enfant qui commence à lire des textes qu'il peut lire entièrement, du premier mot au dernier, à chaque étape de son apprentissage. Presque chaque histoire ajoute un son : elle l'annonce, elle montre comment il s'écrit, dit ce qu'elle enseigne, et propose de quoi en parler ensuite. Le niveau de lecture demandé monte lentement : les premières histoires tiennent en mots isolés et en phrases de trois mots, les dernières en petits paragraphes.

Ce livre ne fait pas le reste, et il vaut mieux le dire ici que le laisser croire. Il n'apprend pas à un enfant à entendre les sons d'un mot dit à voix haute, et ce travail vient avant : un enfant qui n'entend pas le premier son de « moto » ne tirera rien d'une leçon sur la lettre qui le note. Il n'apprend pas non plus l'écriture des lettres, qui se travaille la main sur le papier et pas les yeux sur une page. Et il ne remplace ni la classe, ni les histoires longues qu'un adulte lit à voix haute à un enfant qui ne sait pas encore lire.

Ce dernier point mérite d'être appuyé, parce que l'état des recherches est plus nuancé qu'on ne le dit souvent. Les textes entièrement déchiffrables aident au moment du déchiffrage, cela se mesure ; mais le régime de lecture qui donne les meilleurs résultats mesurés n'est pas celui qui ne donne que des textes déchiffrables. C'est celui qui les mêle à d'autres textes, entendus ou lus avec un adulte. Ce recueil est donc une moitié de la nourriture, et la maison le dit au lieu de vendre l'autre moitié avec.

Ce livre ne vise aucun pays en particulier. Les correspondances entre les lettres et les sons décrites ici sont un fait de la langue française : elles valent partout où le français s'écrit, quel que soit le système scolaire du lieu. L'annexe de fin donne la correspondance entre le moment de ce recueil et les premières années d'école des principaux pays francophones, pour l'adulte qui a besoin de ce repère.

Enfin, ce livre ne juge personne. Les repères d'âge portés sur la couverture s'adressent à l'adulte qui choisit le livre, jamais à l'enfant qui le lit. Un enfant de sept ans qui reprend l'histoire du début n'est pas en retard : il fait exactement ce que le recueil attend de lui. Les recueils de lecture les mieux faits déclarent aussi un niveau de lecture à côté de l'âge, et c'est ce que fait le champ « niveau » de ce volume : il dit ce que l'enfant doit tenir pour entrer, et non l'âge qu'il doit avoir.

Comment se servir de ce livre

Les histoires se lisent dans l'ordre, et cet ordre n'est pas un conseil : c'est la structure même du livre. L'histoire numéro sept n'est lisible que par un enfant qui a passé les six premières, parce qu'elle emploie leurs sons. Sauter une histoire, c'est remettre dans le texte des lettres que l'enfant n'a pas rencontrées, donc rouvrir la porte à la devinette.

Chaque histoire s'ouvre sur une page adressée à l'adulte : le son nouveau, comment le prononcer, où il apparaît dans le texte. Lisez-la avant, pas pendant. Vient ensuite l'histoire elle-même, qui est la seule page que l'enfant lit. Puis la liste des mots nouveaux, ce que l'histoire enseigne, des questions pour en parler, et une note sur ce qu'il faut faire quand l'enfant bute.

Une même histoire se relit. Elle se relit même beaucoup, et c'est un bon signe et non une perte de temps : la deuxième lecture est plus rapide que la première, la troisième devient fluide, et c'est cette fluidité qui libère la tête de l'enfant pour comprendre ce qu'il lit. Ne passez à l'histoire suivante que lorsque celle-ci se lit sans effort visible.

La boucle de la lecture accompagnée, en quatre gestes

  1. Étape 1

    Invitez l'enfant à dire quelque chose sur l'histoire. Une question, une phrase laissée en suspens, un mot à compléter : n'importe quelle porte ouverte fait l'affaire, du moment qu'elle demande une réponse et non un oui ou un non.

  2. Étape 2

    Écoutez ce qu'il répond, et accueillez la réponse avant de la corriger. Ce que dit l'enfant est la matière première de tout le reste : une réponse coupée en deux mots ne se prolonge pas.

  3. Étape 3

    Reprenez sa réponse en l'enrichissant. S'il dit « le lama », dites « oui, le lama porte la patate dans sa bouche ». Vous ne corrigez pas : vous ajoutez les mots qui lui manquaient, à l'endroit exact où ils lui manquaient.

  4. Étape 4

    Redemandez, avec la phrase enrichie. L'enfant la reprend à son compte, et c'est là qu'elle devient la sienne. La boucle recommence à la page suivante.

Cinq façons d'ouvrir la conversation

Ce sont les cinq amorces de la lecture accompagnée, et les questions posées à la fin de chaque histoire de ce recueil suivent cette liste. Elles ouvrent une conversation, elles ne font pas passer un examen.

  • Laisser une phrase en suspens pour que l'enfant la complète : « Papa répare la... »
  • Demander de se rappeler ce qui a déjà été lu : « Qu'est-ce que Malo portait, tout à l'heure ? »
  • Poser une question ouverte sur ce que montre l'image ou la page : « Raconte-moi ce qui se passe ici. »
  • Demander quoi, où, quand, pourquoi, comment : « Pourquoi la vache crie-t-elle ? »
  • Relier l'histoire à ce que l'enfant a vécu hors du livre : « Toi aussi, tu as déjà porté quelque chose de lourd ? »

Quand un enfant bute sur un mot, ne le lui donnez pas et ne lui dites pas de deviner. Ce recueil garantit qu'il peut le déchiffrer : ramenez-le au son, lettre par lettre, groupe par groupe, puis faites relire le mot entier d'un seul trait. Si le blocage dure plus de quelques secondes, donnez le son du groupe qui coince, jamais le mot. Et si trois mots de suite résistent, arrêtez la séance : l'histoire précédente n'est pas encore installée, et il n'y a rien à gagner à forcer.

Une séance courte vaut mieux qu'une séance longue. Dix minutes tous les jours installent plus de lecture qu'une heure le dimanche, et un enfant fatigué devine au lieu de lire, ce qui défait exactement ce que le livre installe. Arrêtez avant qu'il ne se lasse, pas après.

Ce que chaque histoire ajoute, dans l'ordre du livre
HistoireSons ajoutésCe que l'enfant sait lire ensuite
Histoires 1 à 3a · à · e · é · i · o · u · l · m · r · p · t · d · f · v · n · s · ssDes mots courts et des phrases de trois ou quatre mots.
Histoires 4 à 6ou · b · c · qu · k · ch · jLa plupart des syllabes simples, et les premiers mots de deux syllabes.
Histoires 7 à 9les lettres muettes de la fin · es · eu · an · am · en · emLe pluriel écrit, les mots qui finissent par une lettre qu'on n'entend pas, et le premier son du nez.
Histoires 10 à 12on · om · in · im · un · g · gu · gnLes deux derniers sons du nez, et ils ouvrent une grande part du vocabulaire courant.
Histoires 13 à 15oi · oin · ui · au · eau · è · ê · â · ô · î · û · les consonnes doublesDes phrases complètes, des histoires de plusieurs paragraphes, et enfin les mots elle et est.
Histoires 16 à 18ai · ei · ain · ein · et · s entre deux voyelles · z · c doux · ç · g doux · geLes mots de la famille et du quotidien, presque tous accessibles.
Histoires 19 et 20er · ez · ent · h · ph · th · ill · eil · ail · ien · yLes terminaisons des verbes, et la quasi-totalité des textes simples.

Remerciements

Ce recueil doit sa progression au guide de référence pour l'enseignement de la lecture et de l'écriture publié par la direction générale de l'enseignement scolaire du ministère français de l'éducation nationale, mis en ligne gratuitement et librement consultable. Sa table de progression des correspondances entre lettres et sons a servi d'ordre de référence, et le guide dit lui-même que les manuels s'en écartent par endroits : les deux écarts pris ici sont nommés dans la liste de contrôle en fin de volume.

La façon d'accompagner la lecture d'un enfant, décrite plus haut en quatre gestes et cinq amorces, vient des travaux sur la lecture partagée diffusés en accès libre par Reading Rockets, et nommés au dernier chapitre. La maison remercie les organismes qui publient ces ressources sans les faire payer : c'est ce qui rend un livre comme celui-ci possible.

La mesure de lisibilité employée pendant la fabrication est une formule française nommée au dernier chapitre. Son relevé est resté dans le dossier de fabrication et n'est pas publié dans ces pages : un indice de lisibilité écrit dans un livre vieillit avec la formule qui l'a produit.

Toutes les sources sont nommées avec leur adresse au dernier chapitre. Le texte de ce volume est publié sous licence Creative Commons Attribution 4.0 : il se reprend, se traduit, s'imprime et s'adapte, y compris pour une classe entière, sans demander la permission à personne.