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Chapitre 2 sur 16 · Les grandes périodes de l'histoire

Chapitre 1. Compter le temps

Les unités qui mesurent le temps, la façon d'écrire un siècle, le point à partir duquel on compte les années, et pourquoi le calendrier a déjà été corrigé.

Deux questions différentes

Mesurer une durée et situer une date sont deux opérations distinctes, et les confondre est la première source d'erreur. Mesurer une durée, c'est répondre à « combien de temps ». Situer une date, c'est répondre à « à partir de quand on compte ». La première question se règle avec des unités ; la seconde avec un point de départ choisi par convention.

Le programme officiel d'histoire de l'enseignement français, publié en 2026, consacre à ces deux questions un thème introductif, placé en tête de la dernière année du parcours qu'il décrit. Il demande de connaître « le découpage du temps (seconde, minute, heure, jour, semaine, mois, année, siècle, millénaire) » et « les instruments de mesure du temps ». C'est le bon ordre : on ne situe rien tant qu'on ne sait pas dans quelle unité on compte.

Ce chapitre installe les deux. Il donne les unités, la façon d'écrire un siècle, la manière de trouver le siècle d'une année, la notation des dates avant et après le point de départ, et le rappel utile que le calendrier employé aujourd'hui a lui-même été corrigé, à une date connue, pour une raison précise.

Les unités de mesure du temps. Colonne 1 : le nom de l'unité. Colonne 2 : sa valeur, exprimée dans une unité plus petite du tableau. Colonne 3 : le genre de fait qu'on mesure avec elle.
UnitéCe qu'elle vautCe qu'on mesure avec
La secondeL'unité de base du tempsUn geste, un battement de cœur, un éclair
La minute60 secondesUne cuisson, un trajet à pied dans une rue
L'heure60 minutesUne leçon, un repas, un voyage court
Le jour24 heuresUn tour de la Terre sur elle-même
La semaine7 joursUn rythme de travail, un cycle de marché
Le mois28 à 31 joursUne saison de récolte, un loyer, une lune
L'année12 mois, soit 365 ou 366 joursUn tour de la Terre autour du Soleil
La décennie10 annéesUne génération de matériel, une mode
Le siècle100 annéesTrois à quatre générations humaines
Le millénaire1 000 années, soit 10 sièclesL'apparition puis la disparition d'un empire

Pourquoi les grandes unités sont celles de l'histoire

Un événement se raconte en heures : une bataille dure une journée, un discours dure une heure. Une histoire, elle, se raconte en siècles. Ce n'est pas une préférence de style, c'est une conséquence des sources : un texte du passé donne rarement l'heure, souvent l'année, et parfois seulement la décennie. Un objet sorti de terre ne donne presque jamais mieux qu'un intervalle de plusieurs dizaines d'années.

La règle de lecture qui en découle est utile partout. Plus on remonte loin, plus l'unité employée est grande, et cela ne veut pas dire que les gens de l'époque vivaient plus lentement : cela veut dire que ce qui reste d'eux est moins précis. Une date préhistorique donnée à mille ans près et une date de bataille donnée au jour ne sont pas deux niveaux de soin différents, ce sont deux natures de source différentes.

L'année est l'unité charnière. En dessous, on est dans l'événement ; au-dessus, dans la période. C'est aussi l'unité qui sert de base aux deux autres unités de l'histoire, le siècle et le millénaire, qui ne sont que des paquets de cent et de mille années.

Quatre mots qui reviennent partout

Ces quatre mots servent dans tous les chapitres suivants. Les confondre rend une frise illisible.

Une décennie
Dix années consécutives. « Les années 1960 » désigne la décennie qui va de 1960 à 1969 : dans ce cas, et contrairement au siècle, on compte à partir de l'année en zéro.
Un siècle
Cent années consécutives. Le premier siècle contient les années 1 à 100, le deuxième les années 101 à 200, et ainsi de suite. Un siècle se numérote en chiffres romains.
Un millénaire
Mille années consécutives, soit dix siècles. Le premier millénaire de notre ère contient les années 1 à 1000. Les millénaires servent surtout pour les périodes anciennes, où l'année exacte est inconnue.
Une ère
Une suite d'années comptées à partir d'un point de départ choisi. Le mot ne dit rien de la durée : il dit à partir de quoi on compte. Plusieurs ères coexistent aujourd'hui dans le monde, avec des points de départ différents.

Écrire un siècle

Un siècle s'écrit en chiffres romains. Cette convention est explicitement demandée par le programme officiel français, qui compte « écrire les siècles en caractères romains » parmi les compétences attendues. Elle a une utilité pratique : en voyant un chiffre romain dans un texte, on sait immédiatement qu'il s'agit d'un siècle et non d'une année.

Les chiffres romains s'écrivent avec sept lettres, dont trois suffisent pour tous les siècles connus : I vaut un, V vaut cinq, X vaut dix. On additionne les lettres écrites de gauche à droite en ordre décroissant, et on soustrait une lettre plus petite placée avant une plus grande. Ainsi VII vaut sept, IX vaut neuf, XIV vaut quatorze et XIX vaut dix-neuf.

Le piège n'est pas dans l'écriture, il est dans le passage de l'année au siècle. Le nombre du siècle n'est presque jamais celui des centaines de l'année : 1789 appartient au dix-huitième siècle, et non au dix-septième ni au dix-neuvième. La raison en est mécanique, et le tableau qui suit la rend visible d'un coup d'œil.

Dix siècles de notre ère, choisis entre le premier et le vingt et unième parce qu'une année de ce livre y tombe. Colonne 1 : le siècle en chiffres romains. Colonne 2 : la première et la dernière année qu'il contient. Colonne 3 : une année de repère qui tombe dans ce siècle.
SiècleAnnées qu'il contientUne année de ce siècle
Ier1 à 10079
Ve401 à 500476
VIIIe701 à 800800
XIe1001 à 11001066
XVe1401 à 15001492
XVIe1501 à 16001582
XVIIIe1701 à 18001789
XIXe1801 à 19001848
XXe1901 à 20001945
XXIe2001 à 21002026

Trouver le siècle d'une année, en trois gestes

La méthode vaut pour toute année de notre ère. Elle se fait de tête, sans calcul écrit.

  1. Regardez si l'année finit par deux zéros
    Si oui, le siècle est le nombre des centaines lui-même. L'année 800 est dans le VIIIe siècle, l'année 1500 dans le XVe, l'année 2000 dans le XXe. Ce sont les seules années où le compte tombe juste.
  2. Sinon, prenez le nombre des centaines et ajoutez un
    L'année 1789 a 17 centaines : 17 plus 1 donne 18, donc le XVIIIe siècle. L'année 476 a 4 centaines : 4 plus 1 donne 5, donc le Ve siècle. L'année 2026 a 20 centaines : 20 plus 1 donne 21, donc le XXIe siècle.
  3. Vérifiez en écrivant les bornes du siècle trouvé
    Le XVIIIe siècle contient les années 1701 à 1800. L'année 1789 est bien entre les deux. Cette vérification prend cinq secondes et attrape la totalité des erreurs de ce calcul.

La cause du décalage est qu'il n'existe pas d'année zéro dans le comptage des historiens. On passe directement de l'an 1 avant notre ère à l'an 1 de notre ère. Le premier siècle commence donc à l'année 1 et non à l'année 0, et tous les siècles suivants héritent de ce décalage d'une unité. C'est aussi la raison pour laquelle le calcul d'une durée qui traverse le point de départ demande de retrancher une année : de l'an 5 avant notre ère à l'an 5 de notre ère, il s'écoule neuf années et non dix. Les astronomes, eux, emploient depuis le XVIIIe siècle une autre notation, décrite par l'Institut de mécanique céleste : ils appellent année 0 l'an 1 avant notre ère et comptent négativement les années antérieures. Les deux notations sont justes, elles ne numérotent pas les mêmes années, et il faut savoir laquelle on lit.

Avant notre ère, de notre ère

Le comptage des années employé dans la plus grande partie du monde a une origine datée. L'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides l'écrit ainsi : « L'usage de l'ère chrétienne a été introduite en 532 sur une proposition du moine Denys le Petit. » Le même institut précise que ce moine avait soumis au pape, en 525, la formule latine qui désigne cette ère, et que l'usage se répandra d'abord dans les textes liturgiques : il faudra « attendre plusieurs siècles » pour qu'il devienne courant dans la société. Ce point de départ s'est ensuite imposé bien au-delà de la chrétienté, parce que le commerce, l'administration et la science avaient besoin d'un comptage commun.

Deux façons de nommer ce point de départ coexistent, et elles désignent exactement la même chose. La première dit « avant Jésus-Christ » et « après Jésus-Christ », souvent abrégées en av. J.-C. et apr. J.-C. La seconde dit « avant notre ère » et « de notre ère ». Aucune date ne change entre les deux notations : 476 avant Jésus-Christ et 476 avant notre ère sont la même année.

Ce livre emploie la seconde notation. La raison est qu'il est traduit et lu dans des pays où la première suppose une religion que le lecteur n'a pas forcément. Le programme officiel français emploie lui aussi « avant notre ère » dans ses repères, à côté de la notation traditionnelle. Les deux se rencontrent partout, et il faut savoir lire les deux.

Les deux notations, mot pour mot

Ce que les deux notations partagent

  • Le même point de départ, à l'année près.
  • Le même sens de comptage : les nombres augmentent vers le passé avant le point de départ, vers le présent après lui.
  • L'absence d'année zéro, dans les deux cas.
  • La même valeur numérique : 3300 avant notre ère et 3300 av. J.-C. désignent la même année.
  • Le même usage des siècles en chiffres romains.

Ce qui les sépare

  • L'une nomme une personne et une religion, l'autre non.
  • L'une est majoritaire dans l'édition scolaire française ancienne, l'autre dans l'édition scientifique et internationale.
  • Les abréviations diffèrent, ce qui trompe à la lecture rapide : av. J.-C. d'un côté, av. n. è. de l'autre.
  • Rien d'autre. En particulier, aucune date, aucune durée et aucun calcul ne changent.

Le calendrier lui-même a été corrigé

Une année n'est pas un nombre entier de jours. L'Institut de mécanique céleste et de calcul des éphémérides, à l'Observatoire de Paris, donne la valeur de l'année tropique, c'est-à-dire l'intervalle qui sépare deux passages du Soleil à l'équinoxe de printemps : 365,242190 jours. Le calendrier julien, que l'Europe a commencé d'abandonner en 1582, pays par pays, compte 365,25 jours par année : son année est donc un peu plus LONGUE que l'année tropique, et il prend du retard sur le Soleil. C'est le mot qu'emploie l'Institut, qui écrit que la réforme de 1582 est venue « corriger le retard que prenait le calendrier julien sur le Soleil ».

L'écart paraît minuscule, et il l'est. L'Institut le chiffre ainsi : avec une année julienne moyenne de 365,25 jours, « les dates des saisons se décalent d'environ 3 jours tous les 400 ans, soit d'un mois tous les 4000 ans ». Accumulé, il devient visible. En 1582, l'écart atteignait dix jours, et l'équinoxe de printemps tombait dix jours avant la date que le calendrier lui assignait. La réforme dite grégorienne a corrigé le décalage d'un seul coup : « le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 (julien) fut le vendredi 15 octobre 1582 (grégorien) ».

Pour que l'écart ne se reforme pas, la règle des années bissextiles a été modifiée. L'Institut la formule ainsi : « Les années bissextiles sont les mêmes que celles du calendrier julien (année dont le millésime est divisible par 4) sauf trois années séculaires sur quatre, celles dont le millésime est multiple de 100 sans l'être de 400. » L'année 1900 n'a donc pas été bissextile, l'année 2000 l'a été.

La réforme ne s'est pas appliquée partout en même temps, et le même institut donne le détail. Elle a été adoptée dès 1582 en Italie, en Espagne, au Portugal et dans les Pays-Bas catholiques. En France, elle a été appliquée en décembre de la même année, le lundi 20 décembre succédant au dimanche 9 décembre : les dix jours supprimés n'y sont donc pas ceux d'octobre. En Grande-Bretagne, il a fallu attendre 1752, où le 14 septembre a succédé au 2 septembre. Cela a une conséquence directe pour qui lit un document ancien : une même journée peut y porter deux dates différentes selon le pays où le document a été écrit.

Ce que la réforme de 1582 apprend

Un calendrier est un outil, pas une loi de la nature

Il a été conçu par des gens, il a été trouvé faux, il a été corrigé par d'autres gens à une date connue. Ce qui vaut pour le calendrier vaut pour le découpage en périodes : ce sont des conventions, et une convention se révise.

Dix jours ont été supprimés, aucun n'a été vécu

Entre le 4 et le 15 octobre 1582, il ne s'est rien passé en Italie, en Espagne et au Portugal, parce que ces journées n'ont pas existé au calendrier. Une date absente d'un registre n'est donc pas toujours un oubli d'archiviste.

Une même journée peut porter deux dates

Tant que tous les pays n'avaient pas adopté la réforme, une lettre partie de Rome et reçue à Londres changeait de date en chemin. Les historiens le signalent en écrivant les deux, ou en précisant le style employé.

D'autres calendriers existent, et ils fonctionnent

L'Institut de mécanique céleste décrit aussi les calendriers musulman, hébraïque, républicain français et d'autres systèmes. Ils ont d'autres points de départ et d'autres règles. Aucun n'est une version approximative du calendrier grégorien.

Les instruments de mesure du temps cités par le programme officiel français d'histoire, dans l'ordre où il les nomme. Colonne 1 : l'instrument. Colonne 2 : le principe physique qu'il utilise. Colonne 3 : ce qu'il ne sait pas faire.
InstrumentSur quoi il reposeSa limite
L'horloge solaireL'ombre projetée par le Soleil, qui tourne au cours de la journéeElle ne fonctionne ni la nuit ni par temps couvert
La clepsydreL'écoulement régulier de l'eau d'un récipient dans un autreL'eau gèle, s'évapore, et le débit varie avec le niveau
Le sablierL'écoulement du sable, insensible au froidIl mesure une durée fixe, il ne donne pas l'heure
L'horloge mécaniqueUn poids ou un ressort qui se détend, freiné par un échappementElle dérive, et il faut la remettre à l'heure sur un repère extérieur
L'horloge à quartzLa vibration très régulière d'un cristal soumis à un courantSa fréquence dépend légèrement de la température
L'horloge atomiqueLa fréquence propre du rayonnement émis par un atomeElle exige un laboratoire, et elle est inutile pour lire l'heure d'un rendez-vous

Ce que ce chapitre laisse en main

Trois gestes sont acquis à partir d'ici, et les chapitres suivants les supposent. Le premier est de nommer l'unité juste : une durée qui se compte en siècles ne se raconte pas en années, et l'inverse est vrai aussi. Le deuxième est de passer d'une année à son siècle, dans les deux sens, en vérifiant par les bornes. Le troisième est de lire une date dans les deux notations sans se tromper de sens.

Un quatrième acquis est moins technique et plus important. Le calendrier employé aujourd'hui est le résultat d'une correction datée, décidée pour une raison mesurable, appliquée à des dates différentes selon les pays. Il n'est pas tombé du ciel, et il n'est pas la seule façon de compter les années. Cette idée revient au chapitre suivant, puis au chapitre sur les cinq périodes, où elle devient centrale.