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Chapitre 3 sur 17 · L'eau et le temps qu'il fait

Chapitre 2. La vapeur d'eau dans l'air

Combien d'eau l'air peut contenir, pourquoi cela dépend de sa température, et à quelle condition exacte cette eau redevient visible.

Une éponge dont la taille change

Un verre de glaçons posé sur une table se couvre de gouttes en quelques minutes. Le chapitre précédent a montré d'où venait cette eau : de l'air de la pièce. Mais il reste une question, et c'est la bonne : pourquoi les gouttes apparaissent-elles sur le verre froid, et pas sur la table, ni sur le mur, ni sur la main de celui qui regarde ?

La réponse tient à une propriété de l'air que ce chapitre installe, et dont tout le reste du volume dépend. Un volume d'air ne peut pas contenir n'importe quelle quantité de vapeur d'eau. Il a une limite, et cette limite change avec la température : plus l'air est chaud, plus il peut en contenir. Météo-France le dit en une phrase : « Concrètement, plus l'air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d'eau. »

Une image aide, à condition de savoir où elle s'arrête : l'air se comporte comme une éponge dont la taille dépend de la température. Chauffez-la, elle grossit et absorbe davantage. Refroidissez-la, elle rétrécit, et ce qu'elle ne peut plus contenir sort. C'est ce dernier geste qui fait la rosée, le brouillard, la buée et les nuages. L'image s'arrête là : l'air n'absorbe pas l'eau comme une éponge absorbe, la vapeur se mélange simplement aux autres gaz. Mais la limite qui change avec la température, elle, est exacte.

Les objectifs de ce chapitre

Chacun s'observe. À la fin du chapitre, ou bien vous le faites, ou bien vous savez quelle section relire.

  • Énoncer ce que mesure l'humidité relative, et dire ce que valent 0 % et 100 %.
  • Expliquer, en une phrase, pourquoi de l'air chaud peut contenir plus de vapeur d'eau que de l'air froid.
  • Nommer la condition exacte qui déclenche une condensation.
  • Distinguer la rosée, le givre et le brouillard en disant, pour chacun, ce qui s'est refroidi.
  • Prévoir si de la buée apparaîtra sur un objet donné, et justifier la prévision.

Ce que ce chapitre suppose déjà acquis

Un seul prérequis, et il est installé par le chapitre précédent de ce volume : les trois états de l'eau, le fait que la vapeur d'eau est invisible, et le nom du passage de l'état gazeux à l'état liquide.

Ce qu'il y a dans l'air, et en quelle proportion

Avant de parler de la vapeur d'eau, il faut savoir ce qu'elle côtoie. Selon Météo-France, l'atmosphère contient 78 % d'azote et 21 % d'oxygène. Ces deux gaz occupent donc à eux seuls la quasi-totalité de l'air, et leur proportion ne bouge pratiquement pas d'un endroit à l'autre. Un détail de lecture évite ici une addition fausse : ces deux pourcentages se rapportent à l'air débarrassé de sa vapeur d'eau. La vapeur s'y ajoute et repousse le reste d'autant ; c'est pourquoi additionner 78, 21 et la part de vapeur dépasse cent et ne veut rien dire.

La vapeur d'eau, elle, occupe une place modeste et très variable : entre 0,1 % et environ 5 % de l'air ambiant, toujours selon Météo-France. Retenez les deux mots de cette phrase : modeste et variable. Modeste, parce que la vapeur d'eau est un composant minoritaire de l'air. Variable, parce qu'elle est le seul composant de l'air dont la proportion change d'un jour à l'autre, d'une région à l'autre, et même d'une heure à l'autre.

Cette variabilité est ce qui rend la météo possible. Un air dont la composition ne changerait jamais n'aurait ni nuages, ni pluie, ni brouillard. C'est parce que la vapeur d'eau entre et sort sans cesse de l'atmosphère, par évaporation et par condensation, qu'il y a un temps qu'il fait.

La saturation, et ce que mesure vraiment un pourcentage d'humidité

Quand un volume d'air contient toute la vapeur d'eau qu'il peut contenir à sa température, on dit qu'il est saturé. Ajoutez-en davantage, ou refroidissez-le, et l'excédent ne peut plus rester à l'état gazeux : il se condense.

L'humidité relative mesure la distance à cette saturation. Météo-France la définit comme « le rapport entre la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air et la quantité maximale possible, exprimée en pourcentage ». À 100 % d'humidité relative, l'air est saturé. À 0 %, il serait parfaitement sec, ce qui n'arrive jamais dans la nature : en France métropolitaine, l'humidité descend très rarement au-dessous de 20 %.

Le mot relative est celui qui trompe, et il mérite qu'on s'y arrête. Une humidité de 80 % ne dit pas combien d'eau il y a dans l'air : elle dit que l'air contient 80 % de ce qu'il pourrait contenir à sa température. Or ce maximum change avec la température. Un air à 80 % un matin d'hiver à cinq degrés contient donc beaucoup moins d'eau qu'un air à 80 % un après-midi d'été à trente degrés, alors que le chiffre affiché est le même. Deux fois le même pourcentage, deux quantités d'eau très différentes.

Voilà pourquoi un air d'hiver, qui affiche souvent des humidités élevées, assèche les lèvres et les mains une fois entré dans une maison chauffée : en le réchauffant, on augmente sa capacité maximale sans lui ajouter d'eau, donc on fait chuter son humidité relative.

Les mots à retenir

Quatre mots, et ils suffisent à décrire toutes les scènes de ce chapitre.

La saturation
L'état d'un air qui contient toute la vapeur d'eau qu'il peut contenir à sa température. Un air saturé ne peut plus rien absorber : tout apport, ou tout refroidissement, provoque une condensation.
L'humidité relative
Le rapport entre la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air et la quantité maximale possible, exprimée en pourcentage. Elle se lit sur un hygromètre et figure dans tous les bulletins météorologiques.
Le point de rosée
La température jusqu'à laquelle il faut refroidir un air, sans rien lui ajouter ni lui retirer, pour qu'il atteigne la saturation. Refroidi en dessous, il libère de l'eau liquide. Plus l'air est humide, plus son point de rosée est proche de sa température actuelle.
Le noyau de condensation
La minuscule particule en suspension dans l'air, poussière, sel marin, pollen ou suie, sur laquelle une gouttelette se forme. Sans surface d'accroche, la vapeur d'eau se condense très mal, même dans un air saturé.

La condition unique qui déclenche une condensation

Tout ce chapitre se ramène à une seule condition, et elle vaut aussi bien pour un verre de limonade que pour un nuage de plusieurs kilomètres : il y a condensation quand l'air atteint sa température de point de rosée, c'est-à-dire quand il est refroidi jusqu'à la saturation.

Il n'y a donc que deux façons d'obtenir de la condensation. La première est d'ajouter de la vapeur d'eau à un air qui est déjà proche de sa limite. La seconde, de très loin la plus fréquente dans la nature, est de refroidir l'air sans rien lui ajouter. Un air refroidi voit sa capacité maximale diminuer ; à un moment, cette capacité passe sous ce qu'il transporte déjà, et le surplus tombe à l'état liquide.

Reprenons alors le verre de glaçons. Le verre lui-même ne fabrique rien : il refroidit la mince couche d'air qui le touche. Cette couche d'air, refroidie sous son point de rosée, ne peut plus garder toute sa vapeur, et le surplus se dépose sur la surface la plus proche, qui est la paroi. La table et le mur, eux, sont à la température de la pièce : ils ne refroidissent aucun air, donc rien ne s'y dépose. La question posée en ouverture est résolue.

Reste à savoir ce qui refroidit une surface quand personne ne la refroidit. La réponse tient en une observation que chacun a faite : une nuit claire est plus froide qu'une nuit couverte. Un objet posé dehors perd en permanence de la chaleur vers le ciel ; quand le ciel est dégagé, rien ne lui renvoie cette chaleur, et il descend nettement en dessous de la température de l'air. Quand un écran le couvre, un nuage, un arbre, un auvent, une table de jardin, cet écran lui renvoie une part de ce qu'il perd, et il reste plus chaud. C'est ce simple partage qui explique pourquoi la rosée se dépose sur l'herbe à découvert et pas sur l'herbe abritée.

Notez le mot qui a servi : refroidir. Retenez-le. Les chapitres suivants ne feront que le décliner : refroidir de l'herbe pendant la nuit donne la rosée, refroidir tout l'air d'une vallée donne le brouillard, refroidir de l'air en le faisant monter donne un nuage.

Trois scènes, le même mécanisme et un détail qui change

Ce qui est identique dans les trois

  • De l'air contenant de la vapeur d'eau invisible.
  • Un refroidissement qui amène cet air à son point de rosée.
  • Un passage de l'état gazeux vers un état visible.
  • Aucune eau créée : l'eau était déjà là, sous une forme qu'on ne voyait pas.

Ce qui change d'une scène à l'autre

  • La rosée : c'est le SOL et les végétaux qui se refroidissent la nuit, et l'eau se dépose sur eux en gouttes.
  • Le givre : même scène, mais la surface est descendue sous zéro degré, et l'eau se dépose directement à l'état solide.
  • Le brouillard : ce n'est pas une surface qui refroidit, c'est TOUTE une couche d'air, et les gouttelettes restent en suspension dedans.
  • La buée sur une vitre : la surface froide est fabriquée par la différence entre deux pièces, ou entre l'intérieur et l'extérieur.

Le brouillard, ou un nuage qui touche le sol

Le brouillard mérite sa propre section parce qu'il fait le pont avec le chapitre suivant. Météo-France le définit comme « la suspension dans l'atmosphère de très petites gouttelettes d'eau réduisant la visibilité au sol à moins d'un kilomètre », et ajoute une phrase qui vaut toute une leçon : « le brouillard est en fait un nuage dont la base touche le sol ».

Autrement dit, il n'y a pas d'un côté les brouillards et de l'autre les nuages : il y a un seul objet, et la seule différence est l'altitude de sa base. Marcher dans le brouillard, c'est marcher dans un nuage. Un randonneur qui monte vers une couche de nuages bas traverse la même chose sans changer de nom, et le chapitre suivant donnera son nom exact à cette couche.

Le seuil du kilomètre de visibilité n'est pas une commodité de langage : c'est une convention de mesure, qui permet à toutes les stations du monde de coder la même situation de la même façon. En dessous, on parle de brouillard ; au-dessus, on parle de brume. Un chiffre partagé rend les observations comparables, et le chapitre sur la mesure y reviendra.

Le piège de ce chapitre : croire qu'un air chaud est forcément sec et qu'un air froid est forcément humide. C'est l'inverse en quantité d'eau. Un air chaud PEUT contenir beaucoup de vapeur, et un air tropical à trente degrés en transporte énormément ; un air polaire à moins vingt degrés en transporte très peu, même à 100 % d'humidité relative. Le pourcentage affiché ne compare jamais deux airs entre eux : il compare chaque air à sa propre limite du moment. Pour comparer deux airs, c'est le point de rosée qu'il faut regarder, pas l'humidité relative.

Exemple travaillé. Prévoir où la buée va se former

Énoncé : « Un matin d'hiver, dans une cuisine chauffée où quelqu'un vient de faire cuire des pâtes, de la buée apparaît sur la fenêtre mais pas sur le mur d'en face, ni sur la porte du placard. » Expliquez cette répartition. Exemple entièrement guidé.

  1. Identifier l'apport de vapeur
    La cuisson des pâtes a fait bouillir de l'eau, donc envoyé beaucoup de vapeur d'eau dans la pièce. L'air de la cuisine s'est fortement chargé : il est maintenant proche de sa limite, sinon à sa limite.
  2. Chercher les surfaces froides
    La condensation demande un refroidissement. Il faut donc chercher, dans la pièce, ce qui est nettement plus froid que l'air ambiant. Un matin d'hiver, la fenêtre est en contact direct avec l'extérieur : c'est la surface la plus froide de la pièce.
  3. Comparer avec les autres surfaces
    Le mur d'en face est un mur intérieur : il est à la température de la pièce. La porte du placard aussi. Ni l'un ni l'autre ne refroidit l'air qui les touche, donc ni l'un ni l'autre n'amène cet air à son point de rosée.
  4. Appliquer la condition unique
    Seul l'air en contact avec la vitre est refroidi sous son point de rosée. Le surplus de vapeur qu'il ne peut plus garder se dépose sur la surface disponible, c'est-à-dire sur la vitre elle-même.
  5. Le résultat
    La buée se forme sur la fenêtre parce que c'est la seule surface assez froide pour amener l'air à saturation. Elle ne se forme pas ailleurs parce qu'ailleurs, l'air reste au-dessus de son point de rosée. Vérification qui confirme : la buée apparaît d'abord dans les coins et en bas de la vitre, qui sont les parties les plus froides du vitrage.

Expérience 3. Fabriquer du brouillard dans un bocal

Ce qu'il faut : un bocal en verre à large ouverture, de l'eau chaude du robinet, des glaçons, une petite assiette. Aucun feu, aucune allumette, aucun produit. SÉCURITÉ : cette expérience se fait avec l'accord d'un adulte, et l'adulte est présent. C'est L'ADULTE qui prend l'eau chaude au robinet et qui la verse dans le bocal ; l'eau chaude et le verre chaud ne se manipulent pas par un enfant. Un bocal chaud se pose sur un dessous de plat, jamais sur une surface froide, et jamais au bord d'une table.

  1. Réchauffer le bocal en deux temps
    Le verre casse quand il change de température trop vite, et un bocal froid rempli d'un coup d'eau très chaude peut se fendre. L'adulte procède donc en deux temps : d'abord un fond d'eau TIÈDE, qu'il fait tourner et qu'il jette, puis seulement l'eau chaude du robinet, sur environ deux doigts de hauteur, en la versant lentement. Ce réchauffement progressif protège le verre et évite en même temps qu'un bocal froid ne fasse condenser tout de suite, ce qui masquerait le résultat.
  2. Charger l'air du bocal en vapeur
    Laissez reposer une minute sans rien faire. L'eau chaude s'évapore et remplit l'air du bocal de vapeur d'eau invisible. À ce stade, l'intérieur du bocal est parfaitement transparent : c'est la preuve que la vapeur d'eau ne se voit pas.
  3. Poser le froid par le haut
    Posez la petite assiette sur l'ouverture du bocal, et placez deux ou trois glaçons dessus. L'assiette devient froide et refroidit la couche d'air qui est juste en dessous, à l'intérieur du bocal.
  4. Observer
    En quelques secondes, un voile blanc apparaît dans le haut du bocal, puis descend et emplit le bocal entier. Vous venez de fabriquer du brouillard, c'est-à-dire un nuage.
  5. Nommer ce qui s'est passé
    L'air du bocal était chargé de vapeur d'eau. Le refroidissement par le haut l'a amené à son point de rosée. Le surplus s'est condensé en gouttelettes minuscules qui restent en suspension : c'est exactement la définition du brouillard donnée plus haut.
  6. Le contre-essai qui vaut la manipulation elle-même
    Refaites la même chose sans glaçons sur l'assiette. Rien n'apparaît, ou presque rien. Cela prouve que ce n'est pas la vapeur seule qui fabrique le voile blanc : c'est le REFROIDISSEMENT de cette vapeur. Une expérience sans contre-essai ne prouve jamais lequel des ingrédients était responsable.

Ce qu'il faut retenir de ce chapitre

  • L'air contient toujours de la vapeur d'eau, entre 0,1 % et environ 5 % de son volume, à côté de 78 % d'azote et 21 % d'oxygène.
  • Un air ne peut contenir qu'une certaine quantité de vapeur, et cette limite augmente avec la température.
  • L'humidité relative compare ce que l'air contient à ce qu'il pourrait contenir, en pourcentage. Elle ne compare jamais deux airs entre eux.
  • Le point de rosée est la température à laquelle un air donné atteint la saturation.
  • Il y a condensation quand l'air est refroidi jusqu'à son point de rosée. C'est la condition unique, et elle explique la buée, la rosée, le givre, le brouillard et les nuages.
  • Le brouillard est un nuage dont la base touche le sol : la visibilité au sol descend alors sous un kilomètre.

Auto-évaluation du chapitre 2

Répondez par écrit, avec les seules connaissances données par ce volume jusqu'ici. Le corrigé est regroupé en fin de volume.

  1. Le bulletin annonce 90 % d'humidité relative un matin d'hiver à trois degrés, et 55 % un après-midi d'été à trente degrés. Lequel des deux airs transporte le plus d'eau ? Expliquez ce que le pourcentage compare réellement.
  2. Énoncez en une seule phrase la condition qui déclenche une condensation, puis appliquez-la à la buée d'une respiration l'hiver.
  3. De la rosée s'est déposée sur l'herbe d'un jardin pendant la nuit, mais pas sous la table de jardin. Proposez une explication qui n'invoque que ce chapitre.
  4. Dans l'expérience du bocal, à quoi sert exactement le contre-essai sans glaçons ? Que prouverait-on sans lui, et que ne prouverait-on pas ?
  5. Un air à quinze degrés a un point de rosée de quatorze degrés. Un autre air, à quinze degrés également, a un point de rosée de deux degrés. Lequel donnera du brouillard le plus facilement au cours de la nuit, et pourquoi ?