Chapitre 11 sur 17 · L'eau et le temps qu'il fait
Chapitre 10. Lire un bulletin météo
Comment une prévision est fabriquée, pourquoi elle perd en précision avec l'échéance, et ce que signifient les quatre couleurs d'une carte de vigilance.
Ce qu'il y a derrière trois lignes de bulletin
Trois lignes suffisent à donner le temps de demain, et pratiquement personne ne sait ce qu'il a fallu pour les écrire. Ce chapitre remonte la chaîne à l'envers : des trois lignes vers les modèles, des modèles vers les observations, et des observations vers le chapitre précédent, qui a expliqué comment on mesure.
Il y a une raison pratique à ce détour. Un lecteur qui sait comment une prévision est fabriquée sait aussi ce qu'elle peut dire et ce qu'elle ne peut pas dire, donc il l'utilise mieux et il en attend moins de miracles. Une prévision n'est pas une annonce : c'est le résultat d'un calcul, fait à partir d'une image imparfaite de l'atmosphère, et corrigé par des gens dont c'est le métier.
Le chapitre se termine par la carte de vigilance, qui n'est pas une prévision mais un signalement de danger. La différence entre les deux est importante, et elle est la dernière chose que ce volume enseigne sur la météo au quotidien.
Les objectifs de ce chapitre
Chacun s'observe. À la fin du chapitre, ou bien vous le faites, ou bien vous savez quelle section relire.
- Énumérer les étapes qui mènent d'une observation à un bulletin publié.
- Expliquer pourquoi la qualité d'une prévision dépend d'abord de la qualité des observations initiales.
- Expliquer pourquoi une prévision à sept jours est moins fiable qu'une prévision à un jour.
- Distinguer un bulletin de prévision d'une carte de vigilance, en disant ce que chacun annonce.
- Nommer les quatre couleurs de la vigilance et dire ce que chacune signale.
Ce que ce chapitre suppose déjà acquis
Deux prérequis, installés par les chapitres précédents de ce volume : le radar météorologique et ce qu'il mesure d'une part, les grandeurs météorologiques, leurs instruments et les conditions normalisées de mesure d'autre part.
Tout commence par l'observation
Météo-France l'écrit en une phrase qui pourrait servir de titre à ce chapitre : « l'observation est la base de toute prévision météo ». Pour prévoir le temps, il faut d'abord connaître avec précision l'état de l'atmosphère au moment où le calcul commence.
Cette connaissance vient de plusieurs sources qui se complètent. Depuis l'espace, Météo-France indique que des dizaines de satellites observent la Terre, ses océans, ses glaces, ses terres émergées et son atmosphère. Au sol, des radars suivent les précipitations, comme le chapitre 4 l'a décrit. Partout, des stations automatiques relèvent en continu les grandeurs du chapitre 9, dans les conditions normalisées du chapitre 9. La chaîne est ininterrompue : sans abri blanc à 1,5 mètre, pas de bonne observation ; sans bonne observation, pas de bonne prévision.
De toutes ces observations, le calcul doit tirer une seule chose : une image de l'atmosphère à l'instant où il commence. Cette image porte un nom, l'état initial, et c'est le point de départ de tout ce qui suit.
Retenez ce que cette image est, et surtout ce qu'elle n'est pas. Elle est une reconstitution, faite à partir des observations disponibles, et elle est nécessairement approchée : on n'observe pas l'atmosphère en chaque point du globe, on l'observe là où des instruments existent. On ne connaît donc jamais l'atmosphère parfaitement, on l'approche. La suite du chapitre montre ce que cette approximation coûte.
Les modèles, et les machines qui les font tourner
Un modèle météorologique est une représentation mathématique de l'atmosphère qui sert à simuler son évolution. On lui donne l'état de l'atmosphère à un instant, et il calcule, de proche en proche, l'état probable des heures suivantes.
Météo-France a développé deux modèles complémentaires de prévision numérique du temps, nommés ARPEGE et AROME. Complémentaires signifie qu'ils ne font pas le même travail : l'un couvre un territoire vaste avec une maille plus large, l'autre couvre un territoire plus restreint avec une maille plus fine, ce qui lui permet de représenter des phénomènes de petite taille.
Ces calculs demandent des machines hors du commun. Météo-France indiquait, à la date où ce volume a vérifié ses sources, que ses deux supercalculateurs, baptisés Belenos et Taranis, sont environ 50 000 fois plus puissants qu'un ordinateur individuel. Un chiffre de ce genre vieillit : le nombre de machines, leur nom et leur puissance changent au fil des renouvellements, et c'est la date de vérification du volume, à son colophon, qui dit de quand il parle. Cette puissance sert à trois choses : traiter les observations toujours plus nombreuses, calculer l'évolution des paramètres météorologiques, et faire les recherches nécessaires à l'amélioration des modèles.
Le dernier maillon n'est pas une machine. Une expertise humaine reste indispensable pour analyser des résultats complexes et les traduire en informations concrètes. Un modèle produit des champs de nombres ; un bulletin dit s'il faut un manteau. Entre les deux, il y a un métier.
Pourquoi une prévision à sept jours vaut moins qu'une prévision à un jour
Voici l'explication qui manque le plus souvent, et elle découle directement de ce qui précède. L'état initial donné au modèle est une reconstitution, donc il n'est pas la réalité. Il comporte de très petits écarts, inévitables : entre deux stations, il faut estimer ; au-dessus des océans, les mesures sont plus rares ; certaines grandeurs se mesurent moins bien que d'autres.
Ces très petits écarts ne restent pas petits. À chaque pas de calcul, ils se propagent et grandissent. Au bout de quelques heures, ils sont encore négligeables : c'est pourquoi une prévision à vingt-quatre heures est excellente. Au bout de plusieurs jours, ils ont grandi au point de changer le résultat : c'est pourquoi une prévision à sept jours donne une tendance et non un détail.
Retenez la conséquence pratique, qui est la seule qui compte pour un lecteur. Une prévision lointaine reste utile, mais pour d'autres questions : elle dit correctement s'il va faire plus chaud ou plus froid que la normale, plus sec ou plus humide, alors qu'elle ne peut pas dire s'il pleuvra mardi entre quatorze et seize heures. Lire un bulletin, c'est d'abord savoir quelle question il peut supporter.
Et c'est ce qui explique aussi qu'une prévision change d'un jour à l'autre. Chaque nouveau calcul part d'observations plus récentes, donc d'un état initial meilleur. Un bulletin qui se corrige n'est pas un bulletin qui s'est trompé : c'est un bulletin qui a reçu de meilleures données.
La vigilance : un signalement de danger, pas une prévision
Un dispositif distinct existe à côté des prévisions, et il ne répond pas à la même question. Celui qui est décrit ici est le dispositif FRANÇAIS, et c'est l'exemple que ce volume prend : chaque pays a le sien, avec ses propres couleurs, ses propres seuils et son propre découpage. Ce qui se transporte partout est l'IDÉE, à savoir qu'un service public signale un danger séparément de sa prévision ; les noms et les couleurs, eux, se lisent auprès du service de son pays. Météo-France donne l'objet du sien : « la Vigilance de Météo-France vise à attirer l'attention de tous sur les dangers potentiels d'une situation météorologique ».
La différence est nette. Une prévision dit ce qui va se passer. Une vigilance dit à quel point la situation attendue peut être dangereuse. Il peut donc y avoir une prévision de pluie sans vigilance, et une vigilance sans que le phénomène soit rare : ce qui est signalé est le danger, pas l'inhabituel.
Le dispositif suit plusieurs phénomènes, nommément la canicule, les orages, la pluie et l'inondation, les vagues et la submersion, le vent, les tempêtes, les avalanches, la neige et le verglas, et le grand froid. Chaque département est coloré selon la situation, et la carte est actualisée au moins deux fois par jour, à six heures et à seize heures. Elle couvre la journée en cours et le lendemain.
Le découpage par département n'est pas un détail administratif : il a été choisi pour faciliter le repérage par la population. Chacun sait dans quel département il se trouve, ce qui n'est pas vrai d'une zone climatique ou d'un bassin versant.
| Couleur | Ce qu'elle signale | Ce que la carte indique par ailleurs |
|---|---|---|
| Vert | Pas de vigilance particulière. | Le département n'est concerné par aucun phénomène signalé pour la période couverte. |
| Jaune | Soyez attentif. | Un phénomène est possible ; le département est nommé avec le phénomène concerné. |
| Orange | Soyez très vigilant. | Le phénomène et la période attendue sont précisés, et un bulletin de suivi accompagne la carte. |
| Rouge | Une vigilance absolue s'impose. | Le phénomène, sa période et son intensité attendue sont précisés, avec un suivi renforcé. |
CE QUE CE LIVRE NE FAIT PAS, ET C'EST DÉLIBÉRÉ. Ce chapitre explique ce que la Vigilance signale et qui la publie. Il ne dit à personne quoi faire quand une couleur apparaît. Les conduites à tenir sont publiées AVEC la carte, au moment où le danger existe, et elles dépendent du phénomène, de l'endroit, de l'heure et de la situation de chacun. Un manuel écrit des mois plus tôt ne peut pas les remplacer, et prétendre le contraire serait dangereux. La règle est simple et elle vaut pour toutes les sources : une consigne de sécurité se lit là où elle est publiée et mise à jour, jamais dans un livre.
Les mots à retenir
Quatre mots, dont deux qui décrivent des objets techniques et deux qui décrivent des documents publiés.
- Un modèle de prévision
- Une représentation mathématique de l'atmosphère, qui part d'un état initial mesuré et calcule de proche en proche son évolution probable.
- L'état initial
- L'image de l'atmosphère à l'instant où le calcul commence, reconstituée à partir des observations disponibles. C'est une approximation, jamais la réalité elle-même : on n'observe pas l'atmosphère en chaque point du globe.
- Un bulletin de prévision
- Le document qui annonce le temps attendu. Il répond à la question de ce qui va se passer, et sa précision diminue avec l'échéance.
- La carte de vigilance
- Le document qui signale les dangers potentiels d'une situation météorologique, par département et par couleur. Il répond à la question du danger, pas à celle du temps qu'il fera.
Exemple travaillé. Que peut-on demander à un bulletin ?
Énoncé : « Une sortie est prévue dans neuf jours. Le bulletin annonce, pour ce jour-là, une tendance plus douce et plus humide que la normale. Quelqu'un demande s'il faut prévoir un pique-nique en extérieur à midi. » Que peut-on répondre honnêtement ? Exemple guidé jusqu'à l'avant-dernière étape.
- Repérer l'échéance
Neuf jours, c'est une échéance lointaine. Le chapitre a établi que les écarts de l'état initial grandissent à chaque pas de calcul : à neuf jours, ils ont grandi au point de changer le détail du résultat. - Séparer les deux questions posées
La question contient en réalité deux demandes très différentes. La première : quel régime général est attendu ? La seconde : pleuvra-t-il à midi à cet endroit précis ? Ce ne sont pas des questions de même difficulté. - Répondre à celle que le bulletin supporte
Une tendance plus douce et plus humide que la normale est exactement ce qu'une prévision lointaine sait dire. On peut donc affirmer qu'un régime perturbé est plus probable qu'un régime sec et froid pour cette période. - Refuser celle que le bulletin ne supporte pas
Savoir s'il pleuvra à midi, à cet endroit, dans neuf jours, dépasse ce qu'une prévision à cette échéance peut donner. Répondre par oui ou par non serait inventer une précision que le calcul n'a pas. - À vous : dites ce qu'il faut faire, et quand
Formulez la réponse complète en deux phrases : ce qu'on peut dire aujourd'hui, et à quel moment il faudra reconsulter pour obtenir la réponse fine. Justifiez ce moment par ce que le chapitre dit de la fiabilité selon l'échéance. Vérifiez au corrigé de l'auto-évaluation, question 5.
Ce qu'il faut retenir de ce chapitre
- L'observation est la base de toute prévision : satellites, radars et stations automatiques alimentent le calcul en millions de données.
- Un modèle est une représentation mathématique de l'atmosphère ; Météo-France en emploie deux, ARPEGE et AROME, complémentaires par leur étendue et leur finesse.
- Deux supercalculateurs, Belenos et Taranis, environ 50 000 fois plus puissants qu'un ordinateur individuel, font tourner ces modèles ; une expertise humaine traduit ensuite leurs résultats.
- L'état initial est une reconstitution approchée, jamais la réalité : ses petits écarts grandissent à chaque pas de calcul, et c'est pourquoi la précision diminue avec l'échéance.
- Un bulletin qui change n'est pas un bulletin qui s'est trompé : c'est un bulletin recalculé sur des observations plus récentes.
- La Vigilance ne prévoit pas le temps, elle signale un danger : vert, pas de vigilance particulière ; jaune, soyez attentif ; orange, soyez très vigilant ; rouge, une vigilance absolue s'impose. Elle est publiée par département, au moins deux fois par jour, à six heures et à seize heures.
Auto-évaluation du chapitre 10
Répondez par écrit, avec les seules connaissances données par ce volume jusqu'ici. Le corrigé est regroupé en fin de volume.
- Décrivez la chaîne qui mène d'un thermomètre placé dans un abri blanc jusqu'à une ligne de bulletin publiée.
- Expliquez pourquoi une prévision à sept jours est moins fiable qu'une prévision à un jour, sans employer le mot difficile.
- Le bulletin d'hier annonçait du soleil pour demain, celui d'aujourd'hui annonce de la pluie. Que s'est-il passé, et faut-il en conclure que le service se trompe ?
- Un département est en vigilance jaune pour orages et un autre en vigilance verte. Dites ce que chacune de ces deux couleurs signale, puis dites où l'on trouve ce qu'il convient de faire.
- Reprenez l'exemple travaillé de la sortie dans neuf jours : donnez la réponse complète en deux phrases, et justifiez le moment auquel il faudra reconsulter.